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Du chlordécone dans la patate douce en Martinique

lundi 29 octobre 2018

Des analyses réalisées par la Fredon en août, à la demande d’un particulier, ont révélé récemment une présence de chlordécone onze fois supérieure à la limite maximale de résidus dans une production, commercialisée (article vu dans France-Guyane.fr du 27/10/2018).

Le sujet a été abordé le 18 octobre, lors du débat public organisé dans le cadre du colloque scientifique sur le chlordécone.

Thierry Lesel, ancien gérant de station-service reconverti dans le milieu agricole, a interpellé le préfet, accusant « ses services de ne pas bouger » face à « des empoisonneurs » qui continueraient de sévir en Martinique. Et de citer le cas de la parcelle E27 au Morne-Rouge. Franck Robine, le préfet, a éludé la question. Ce dossier, pourtant, il le connaît bien puisqu’il lui a été transmis par la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte) et par l’une des parties impliquées.

Le résultat de prélèvements effectués par la Fredon (Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles), le 9 août, sur des patates douces révèle en effet des traces de chlordécone supérieures à la limite maximale de résidus (LMR) autorisée : 0,23 mg/kg de sol sec, au lieu de 0,020. « C’est plus de onze fois la limite autorisée » , dénonce Magalie Poussel, locataire du terrain et à l’origine de cette demande d’analyses. Depuis le 23 avril, elle et son compagnon, Jean-Max Coranson-Beaudu, ont, en effet, signé un bail rural de neuf ans avec les héritiers Irasque Petit (13 indivisionnaires), propriétaires de cette parcelle.

« DES TERRES QUI NE SONT PAS À JETER NI À CIMENTER »
C’est donc bien un particulier qui a fait faire les analyses moyennant facturation et non, comme d’usage, l’exploitant agricole installé, dans le cadre de l’autocontrôle obligatoire de sa production. Malgré l’opposition de ce dernier et quelques difficultés, la Fredon, à la demande des locataires en titre, a donc envoyé les patates douces en laboratoire et effectué des prélèvements de sol. Sur la cartographie partielle de la pollution des sols au chlordécone, cette parcelle, la E27, apparaît contaminée sur plus de la moitié : en orange (fortement) et en jaune (moyennement). Installé depuis 2006 sur ces terres, l’agriculteur Manuel Jean-Baptiste y cultive notamment des légumes racines. Ce qui, comme le prévoit les textes visant à garantir la qualité sanitaire des aliments, n’est pas interdit. Même s’il est recommandé d’éviter les cultures sensibles et très sensibles sur les sols contaminés. Dans la réalité, il appartient à l’agriculteur de maîtriser sa production. Si elle ne dépasse pas la LMR au moment où elle arrive à maturité, il peut tout à fait la commercialiser. Manuel Jean-Baptiste évoque « sa surprise » au vu des résultats de ces analyses : « J’ai toujours respecté le protocole. Je n’ai jamais eu de plantations non conformes » , dit-il, estimant qu’on cherche à lui nuire par rapport au problème de propriété du terrain.

Car, avant la connaissance de ces résultats, le terrain de Savane Mouliner a déjà fait parler de lui. Manuel Jean-Baptiste est menacé d’expulsion suite à un jugement du tribunal de 2014, confirmé en 2015. Pour l’Association pour la sauvegarde du patrimoine martiniquais : « Les terres chlordéconées ne sont pas à jeter ni vouées à être cimentées. À partir du moment où elles sont classées agricoles, elles doivent le rester. Même sur un terrain agricole chlordéconé, il est possible de produire un certain type de culture. »

Les résultats des analyses réalisées par la Fredon, connus un mois et treize jours après cette opération, ont sans doute jeté un froid.

Voir l’article : http://www.franceguyane.fr/regions/amazonie-caraibes/du-chlordecone-dans-la-patate-douce-422226.php